Les suicides ne sont que la « partie émergée des risques psychosociaux » à l’hôpital
Les représentants des syndicats de praticiens hospitaliers (PH) ont été entendus au Sénat pour évoquer la problématique de la qualité de vie au travail à l’hôpital. Une nouvelle occasion d’évoquer pour eux les difficultés actuelles et leurs attentes, alors que Marisol Touraine a annoncé une stratégie nationale pour « prendre soin » des soignants.
Attente récurrente sur le rééquilibrage du management
« Le suicide ne constitue que la partie émergée des risques psychosociaux à l’hôpital« , a souligné le président d’Avenir hospitalier, Max-André Doppia. « Les professionnels [à l’hôpital public] s’y sentent moins compris qu’avant, ils ont le sentiment que le sens de leur mission n’est plus clair, subissent des contraintes immaîtrisables à cause d’une réglementation sans cesse changeante« , a-t-il poursuivi. Citant notamment l’enquête Sesmat publiée en 2011 (2), il a rappelé la forte prévalence du burn out chez les PH. Les déterminants de cette situation sont à chercher, en particulier, dans l’insuffisance du travail d’équipe, l’isolement et l’absence d’espaces de délibération, a-t-il expliqué, déplorant la disparition notamment des conseils de service. Et la fâcheuse antienne de la loi HPST n’a pas tardé à refaire surface, avec des doléances sur le management hospitalier. Pour le Syndicat national des médecins, chirurgiens, spécialistes et biologistes des hôpitaux publics (Snam-HP), Jean-Marie Scotton a évoqué le fait que les problèmes personnels relèvent de conflits entre médecins au sein du corps soignant ou entre l’administration et les médecins. Or le recrutement « est un moment clé« , explique-t-il, et les pouvoirs ont été confiés aux chefs de pôles au détriment des chefs de service. « Au Centre national de gestion
Prise en charge individualisée en cas de vulnérabilité
dans « certaines situations potentiellement à risque, comme une procédure judiciaire ou une suspension brutale, les personnes devraient aussi pouvoir bénéficier d’un soutien psychologique, au-delà de la protection juridique, qui est à la discrétion du directeur« . Il faut réfléchir à une prise en charge individualisée dans les situations de grande vulnérabilité, a-t-il insisté. Le président de la Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH), Jacques Trévidic, a lui aussi évoqué l’absence de suivi et de prévention quant à la santé des PH : « il s’agit en partie d’un problème culturel, d’où l’importance de la sensibilisation, mais aujourd’hui, rien n’est fait« . Il a alors rappelé que l’inspection générale des affaires sociales (Igas), qui vient de publier un rapport sur la question, propose de faire une place aux syndicats de PH dans les nouveaux comités territoriaux de dialogue social. Max-André Doppia a évoqué pour sa part un programme d’aide aux médecins du Québec, destiné à prendre en charge les PH souffrant d’addictions. « En France, nous n’avons rien ! C’est seulement depuis quelques mois que les pouvoirs publics semblent s’intéresser à cette question importante de santé publique, qui a des conséquences sociales (abandon de profession, suicide…), mais aussi en termes de qualité des soins« , a-t-il souligné. Il milite pour la création d’une « plateforme de déclaration de souffrance au travail« . Chaque praticien qui se sentirait en situation de souffrance pourrait compléter cette déclaration et recevoir un soutien d’experts syndicaux pour être orienté vers le bon interlocuteur.
Un tabou social sur la souffrance au travail
Une seconde vaque de clusters QVT lancée par la HAS en mars
(1) II a notamment cité la création d’instances de conciliation au niveau local, émanant de la commission médicale d’établissement (CME), des structures de prévention et de résolution des conflits au sein des commissions régionales paritaires, la nomination du médiateur national Édouard Couty, etc.
(2) Enquête « Santé et satisfaction des médecins au travail » (Sesmat)